• Un coup de coeur pour ce texte magnifique de Leo Férré qui me va droit à l'âme, m'émeut à chaque écoute. Les thèmes, bien communs pourtant, ont ici une résonnance déchirante de par les mots les expressions et les images que la voix de Léo accentue.




    Avec le temps...
    avec le temps, va, tout s'en va
    l'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie
    l'autre qu'on devinait au détour d'un regard
    entre les mots, entre les lignes et sous le fard
    d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit

    avec le temps tout s'évanouit

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    Avec le temps...
    avec le temps, va, tout s'en va
    mêm'
    les plus chouett's souv'nirs ça t'as un' de ces gueules
    à la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort
    le samedi soir quand la tendresse s'en va tout' seule


    Avec le temps...
    avec le temps, va, tout s'en va
    l'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien
    l'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux

    pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous
    devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens
    avec le temps, va, tout va bien

    Avec le temps...
    avec le temps, va, tout s'en va
    on oublie les passions et l'on oublie les voix
    qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
    ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid


    Avec le temps...
    avec le temps, va, tout s'en va
    et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu
    et l'on se sent glacé dans un lit de hasard
    et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard
    et l'on se sent floué par les années perdues- alors vraiment
    avec le temps on n'aime plus

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    Paroles et musique de Léo Ferré (1971)



                                                                   LASIDONIE


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  • De la couleur en harmonie avec la saison, dans ces photos qui m'ont remis en mémoire ce poème très délicat de Verlaine...


    Green

     

    Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches

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    Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.
    Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches
    Et qu'à vos yeux l'humble présent soit doux.



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    J'arrive tout couvert encore de rosée
    Que le vent du matin vient glacer à mon front.
    Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée
    Rêve des chers instants qui la délasseront.

     

     

     



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    Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête
    Toute sonore encor de vos derniers baisers;
    Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête,
    Et que je dorme un peu puisque vous reposez.


    Paul VERLAINE



     Lasidonie

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  • Ecouter de la guitare andalouse c'est, très souvent, plonger dans un univers de nostalgie qui envoûte. Ce poème de F.Garcia Lorca (écrivain, poète et pianiste né prés de Grenade,1898-1936) traduit de l'espagnol, en est une illustration
    .


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    Photographié à Séville dans un coin de ruelle



    Guitare


    "
    Commence le pleur  
    de la guitare.
    De la prime aube 

    les coupes se brisent.

    Commence le pleur 

    de la guitare

    Il est inutile de la faire taire.

    Il est impossible

    de la faire taire.

    C'est un pleur monotone,

    comme le pleur de l'eau,

    comme le pleur du vent

    sur la neige tombée. 

    Il est impossible 

    de la faire taire.

    Elle pleure sur des choses

     lointaines.

    Sable du Sud brûlant

    qui veut de blancs camélias.

    Elle pleure la flèche sans but,

    le soir sans lendemain,

    et le premier oiseau mort

    sur la branche.

    O guitare! 


    Federico Garcia Lorca


     C'est mon coup de coeur de ce dimanche que je vous souhaite agréable

       Lasidonie

     


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  • Ecrire sur la joie de vivre, j'ai des difficultés à le faire, je m'efforce d'aller puiser dans les mots des autres pour contrebalancer ce que mon esprit a de morose ! J'ai retenu ces quelques vers d'Aragon : la vie y est célébrée de façon inhabituelle...Belle image que celle de " Brûler la vie"



    Je danse au milieu des miracles
    Mille soleils peints sur le sol


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    Mille amis mille yeux ou monocles
    M'illuminent de leurs regards
    Pleurs du pétrole sur la route
    Sang perdu depuis les hangars

    Je saute ainsi d'un jour à l'autre
    Rond polyforme et plus joli
    Qu'un paillasson de tir ou l'âtre
    Quand la flamme est couleur du vent
    Vie ô paisible automobile
    Et le joyeux péril de courir au devant

    Je  brûlerai le feu des phares


    ARAGON (Feu de Joie)


                                                            LASIDONIE


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    La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois
    J'entends je marche au bord du trou
    J'entends gronder
    Ce sont les pierres qui se détachent des années
    La nuit nul ne prend garde
    C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde
    Et rien ne vivra plus en moi
    Comme un moulin qui tourne à vide
    L'éternité
    De grandes belles filles qui ne sont pas nées
    Se donneront pour rien dans les bois
    Des hommes que je ne connaîtrai jamais
    Battront les cartes sous la lampe un soir de gel
    Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel?
    Les lunes et les siècles passeront
    Un million d'années ce n'est rien
    Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
    Qui se dispose à cueillir des oeufs dans la haie
    Plus d'envie plus d'orgueil tout l'être satisfait
    Et toujours la même heure imbécile à la montre
    Plus de départs à jeun pour d'obscures rencontres
    Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
    Je suis debout dans la nuit noire et je m'agrippe
    A des lampions à des fantômes pas solides
    Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l'écoutille ?
    Et je m'attache à cette étoile qui scintille
    Comme un silex en pointe dans le flanc
    Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
    Le liseron du jour et le fer de la grille

     


    René-Guy CADOU 





    L'amitié et la mort, la campagne, la tristesse et la joie de vivre sont les thèmes de ce jeune instituteur, poète, tôt disparu à 31 ans laissant une œuvre à l’écriture frappante d’expressions et d'images.

    Pour découvrir ce poète Nantais un lien :


    http://www.franceweb.fr/poesie/cadou2.htm 



                                                                                        Lasidonie

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  • LA CABANE




    Comme il fait bon quand le mistral

    Cogne à la porte avec ses cornes
    Etre tout seul dans la cabane
    Tout seul comme un mas de la Crau*

    Et voir par un petit trou
    Là-bas bien loin, dans les enganes*
    Briller les marais du Mas de Giraud





    Et ne rien entendre que le mistral
    Cognant la porte avec ses cornes
    Puis de temps en temps les clochettes
    Des juments du Mas de la Tour du Taureau.



     Poème écrit par Alphonse Daudet, en Camargue, en mars 1866.



    * enganes : végétaux vivant dans les milieux salés
     
    * la Crau : très grande plaine alluviale provençale, très sèche en surface car très ensoleillée, battue par le mistral.           


                                                                            LASIDONIE


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  • La mer est source inépuisable de poésie, de réflexion ..D'inombrables poèmes romantiques , symbolistes ou contemporains lui ont été consacrés. Celui-ci par exemple d' Alfred de Vigny qui délaisse l'alexandrin pour un  rythme en alternance 7/4, peu fréquent, épousant le balancement du bateau dans les variations régulières des vagues.
     Laissons  nous bercer...




    Le Bateau
    I
    Viens sur la mer, jeune fille;
    Sois sans effroi.
    Viens, sans trésor, sans famille,
    Seule avec moi.
    Mon bateau sur les eaux brille;
    Vois ses mâts, vois
    Son pavillon et sa quille
    Ce n'est rien qu'une coquille
    Mais j'y suis roi. 


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    II
    Que l'eau s'élève et frissonne
    De toutes parts;
    Que le vent tourne et bourdonne
    Dans ses brouillards;
    Aux flots comme au vent j'ordonne.
    Plus de regards,
    Plus de murs qui t'environne!
    Personne avec nous, personne!
     Que les hasards!


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    III
    Pour l'esclave, Dieu fit la terre
    O ma beauté!
    Mais pour l'homme libre et austère
    L'immensité!
    Chaque flot sait un mystère
    De volupté.
    Leur soupir involontaire
    Veut dire: Amour solitaire
    Et Liberté !


    Alfred de Vigny
                                                                                       


    ***
                                                                                       




    Plus tard l'écho en parviendra jusqu'à Baudelaire qui lui donnera vie en ces mots célèbres  aux accents plus torturés :

       " Homme libre toujours tu chériras la mer"

    "La mer est ton miroir ; Tu contemples ton äme
    dans le déroulement infini de sa lame..
    et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer."


    LASIDONIE

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  • De l'optimisme humoristique :

    Deux poèmes de Jean Tardieu

     

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    Dés le matin j'ai regardé 

    J'ai regardé par la fenêtre : 

    J'ai vu passer des enfants.  

    Une heure aprés, c'étaient des gens.  

    Une heure aprés, des vieillards tremblants.  

    Comme ils vieillissent vite, pensai-je ! 

     

     

     

     

     

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    Et moi qui rajeunis à chaque instant ! 

     

    **************** 



    (La première voix est ténorisante,
    maniérée, prétentieuse;
    l'autre est rauque, cynique et dure.)

    Je suis ravi de vous voir
    bel enfant vêtu de noir.
    -Je ne suis pas un enfant
    je suis un gros éléphant.
    Quelle est cette femme exquise
    qui savoure des cerises ?
    - C'est un marchand de charbon
    qui s'achète du savon.
    Ah ! que j'aime entendre à l'aube
    roucouler cette colombe !
    - C'est un ivrogne qui boit
    dans sa chambre sous le toit.
    Mets ta main dans ma main tendre
    je t'aime ô ma fiancée !
    -Je n'suis point vot' fiancée
    je suis vieille et j'suis pressée
    laissez-moi passer
    !
     

      (Les erreurs, J. Tardieu)




    LASIDONIE


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